La recherche fondamentale au coeur de l'innovation

Mar 12, 2019

Le World Wide Web est certainement l'innovation la plus célèbre du CERN, mais ce n'est de loin pas la seule. En effet, la recherche fondamentale joue un rôle majeur dans le processus d’innovation. Dans un laboratoire comme le CERN, l'innovation revêt plusieurs formes : technologique, bien sûr, mais aussi intellectuelle et sociale. Attardons-nous un peu sur ce dernier aspect. Depuis la fondation du CERN, la collaboration par-delà les frontières culturelles y est la norme. C'est ainsi que plus de 100 nationalités parviennent à y travailler ensemble de manière harmonieuse et pacifique ; c'est aussi la raison pour laquelle il est essentiel d’avoir un environnement de travail inclusif.

Notre Code de conduite, le Bureau de la diversité et l'ombud sont autant de ressources qui nous permettent de protéger et de promouvoir la diversité et l'inclusivité au CERN. Elles relèvent tout autant de l'innovation que le World Wide Web, et elles sont intimement liées au monde de la recherche fondamentale.

Notre caractère international, associé à la tendance méritocratique des scientifiques et leur indifférence aux hiérarchies, a conduit aux structures de direction innovantes existant au CERN, en particulier dans les grandes expériences, et a également favorisé dans cette discipline de la physique des particules une culture de collaboration mondiale, très rare ailleurs. Dans quel autre domaine des rivaux partageraient-ils des idées novatrices avec leurs concurrents ? C'est exactement ce qu'ont fait des scientifiques du Laboratoire national de Brookhaven aux États-Unis, dans les années 1950, lorsqu'ils ont imaginé une technique permettant d'augmenter l'énergie d'un accélérateur de particules, et l'ont fait connaître à leurs homologues du CERN. Une décennie plus tard, c'était au tour des Européens de donner un coup de main lorsque le tout jeune Laboratoire national de l'accélérateur, connu aujourd'hui sous le nom de Fermilab, construisait son complexe d’accélérateurs aux États-Unis. Ces échanges sont communs dans le monde de la recherche fondamentale car c'est l'objectif qui compte avant tout. Aujourd'hui, il n'y a qu'à regarder la contribution du CERN à DUNE aux États-Unis, ou les contributions des États-Unis au LHC pour constater que l'esprit de collaboration est toujours là. L’innovation intellectuelle, c'est peut-être tout simplement l’autre nom de la recherche. C'est quelque chose que nous cultivons au CERN grâce à toute une série de programmes de formation visant à développer le capital humain.

L'innovation intellectuelle se manifeste de multiples manières, qu'il s'agisse de scientifiques débattant de nouveaux algorithmes, ou d'autres refusant d'accepter que quelque chose est impossible. Lorsqu'ils n'ont pas les outils leur permettant de répondre à une question, les scientifiques s’efforcent en général de les développer. Au CERN, par exemple, cette persévérance a beaucoup contribué ces dernières décennies à la mise au point d’applications médicales.

L'innovation sociale et l'innovation intellectuelle qui existent au CERN contribuent toutes deux à l'innovation technologique, et, il y a 30 ans, elles ont permis de faire du CERN un terreau fertile pour les idées de Tim Berners-Lee. Aujourd'hui comme hier, le CERN est à la pointe de la technologie. Le Laboratoire avait internet, et de nombreux collaborateurs avaient un ordinateur sur leur bureau. Les structures sociales ont permis à Tim Berners-Lee de développer ses idées, et la culture d'ouverture a permis à la Direction du CERN de mettre le web gratuitement à la disposition de tous. C'est cette même culture qui a permis au CERN d'avoir un système de contrôle à écran tactile pour le SPS dans les années 1970, et de favoriser le développement de technologies dans des domaines allant de l'aérospatiale au patrimoine culturel.

Au CERN, il en a toujours été ainsi. Toutefois, il y a eu un changement important depuis l'invention du web. Il existe désormais au CERN une structure officielle pour le transfert de connaissances, le groupe KT, qui est chargé de répertorier les technologies émergentes et de veiller à ce qu'elles ne se limitent pas à servir les besoins de la recherche, mais soient diffusées au-delà du Laboratoire, dans la société, pour apporter des solutions novatrices à des problèmes actuels.

Lorsque Tim Berners-Lee rédigea sa proposition, qui plus tard deviendrait le World Wide Web, rares sont ceux qui savaient vraiment où cela nous conduirait. Tim Berners-Lee avait certes une idée derrière la tête lorsqu'il créa le premier navigateur web du monde en 1990, puisqu’il l’appela « worldwideweb », mais dans son entourage, le potentiel de ce système, encore rudimentaire, ne fut pas évident immédiatement. Néanmoins, grâce à sa persistance et au soutien de son superviseur, il obtint la possibilité de donner suite à son idée, mais ce ne fut que 18 mois après sa proposition initiale. Qui sait ce qui se serait passé s'il avait existé un groupe KT au CERN à la fin des années 1980 ? J'ai le sentiment que le résultat final aurait été le même, mais qu'on y serait peut-être parvenu plus rapidement. Ce n’est pas le rôle du scientifique de reconnaître le potentiel d'une innovation ; et c'est précisément ce type de compétences spécialisées que le groupe KT amène au CERN.

Certains diront que le web aurait pu être inventé n'importe où car, c’est vrai, l'heure était venue pour une innovation de ce genre. Pourtant, ce n'est pas un hasard si le web est né au CERN. Il existe peu d'entreprises humaines dont l'écosystème allie autant la technologie de pointe, la rigueur intellectuelle et la culture d'ouverture que la recherche fondamentale. C'est pourquoi des lieux comme le CERN seront toujours au cœur de l'innovation.


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