Liban et Népal : un nouvel élan pour les centres de calcul

Jul 17, 2019

Au cœur de Beyrouth, dans un bâtiment de cinq étages appartenant à la société nationale des télécommunications du Liban, les sols sont sur le point d'être recouverts d'un revêtement antistatique, les murs et les plafonds vont être isolés, et des systèmes de câblage vont être installés pour éviter que les fils ne s'emmêlent. Ces travaux et d'autres aménagements devraient être achevés d'ici mi-2020, période à laquelle seront livrés environ 3 000 cœurs de processeurs, donnés par le CERN.

Le projet Calcul haute performance pour le Liban (High-Performance Computing for Lebanon – HPC4L) est l’une des initiatives menées par des scientifiques du Liban pour renforcer les capacités de recherche du pays. À l'instar d'un grand nombre de pays qui ont été déchirés par des affrontements et qui ont vu leurs diplômés hautement qualifiés fuir à l'étranger à la recherche de meilleures perspectives d'avenir, le Liban essaye d'endiguer la fuite des cerveaux. La nouvelle installation ne sera certes pas le seul centre de calcul haute performance du pays mais, contrairement aux autres installations, elle relèvera à la fois d'institutions privées et publiques et bénéficiera du soutien du gouvernement. « On trouve quelques installations de calcul haute performance à petite échelle dans plusieurs universités, mais elles sont isolées, donc rapidement dépassées et sous-utilisées, déclare Haitham Zaraket, physicien et professeur à l'Université libanaise de Beyrouth. Le projet HPC4L rassemble les principaux acteurs dans le domaine du calcul haute performance au Liban. »

Après avoir rejoint l'expérience CMS du LHC en 2016, des physiciens libanais souhaitent faire de la nouvelle installation un centre de calcul de niveau 2 pour l'expérience CMS. Ce centre sera relié à des universités de diverses régions du monde grâce à l'Internet haut débit. L'équipe du projet HPC4L sera chargée de l'exploitation, de la maintenance et de l'interface utilisateur, afin d'assurer le bon fonctionnement et l'efficacité de l'installation. « Nous avons travaillé avec l'État et des partenaires privés et publics, non seulement pour mettre au point l'infrastructure, mais aussi pour former l'équipe, explique Martin Gastal, du CERN, coordinateur du projet HPC4L. L'expertise et les connaissances développées au CERN et à CMS permettront de mettre sur pied l'installation et de former les utilisateurs, mais la gestion du centre reviendra à l'équipe du Liban. » Cette installation sera également utilisée pour la bio-informatique, la recherche de pétrole et de gaz, les projections financières, l'analyse génomique et les sciences sociales.

Un autre pays s'efforce d'accroître sa capacité de stockage numérique et sa puissance de calcul : le Népal. En 2017, le pays a signé un accord de coopération avec le CERN. L'année suivante, grâce aux quelque 2 500 cœurs de processeurs livrés par le CERN, un centre de calcul haute performance a vu le jour dans le parc informatique géré par l'État. Son équipe principale est constituée de spécialistes venant de l'Université de Katmandou. À la tête du projet de centre de calcul haute performance au Népal, Rajendra Adhikari (deuxième en partant de la droite sur la photo), a également reçu un prix décerné par la NVIDIA Corporation pour sa carte graphique la plus récente, dont la valeur s'élève à 3 000 dollars des États-Unis. Cette carte graphique est par ailleurs utilisée par le centre. « Un centre de calcul d'une telle ampleur est une première au Népal, déclare Rajendra Adhikari. Grâce à cette installation, nous pourrons former nos étudiants et mener des recherches qui nécessitent des capacités de calcul et de stockage de données haute performance, notamment dans les domaines de la modélisation climatique, de la simulation sismique, de l'imagerie médicale et de la recherche fondamentale. »

L'installation au Népal devrait pouvoir stocker des données médicales provenant des hôpitaux, celles-ci étant souvent effacées par manque d'espace de stockage. De plus, des tests de traitement d'images prises par des drones sont en cours, dans le but de dresser une carte topographique pour des études de faisabilité en hydroélectricité. Selon Rajendra Adhikari, alors que le nouveau centre n'en est qu'à ses débuts, des opérations qui prenaient auparavant 45 jours peuvent désormais être réalisées en seulement 12 heures.

En Jordanie, la source de rayonnement synchrotron SESAME, à laquelle le CERN a donné 576 cœurs de processeurs en 2017, met son expérience au service des régions voisines en mettant en place des installations de calcul haute performance et en assurant leur maintenance. D'après Martin Gastal, « Le calcul haute performance contribue à renforcer de manière considérable les capacités de recherche dans des régions en difficulté du fait de ressources financières limitées et de la fuite des cerveaux. En soutenant la création d'installations de traitement et de stockage de données efficaces, le CERN et les instituts affiliés peuvent aider leurs collègues scientifiques à investir dans le potentiel scientifique de leur propre pays. »

Article initialement publié dans le CERN Courrier.


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