Après le LS2, la reprise d'un programme de physique diversifié

Le Supersynchrotron à protons (SPS) a été remis en route après trois années ou presque d’intenses travaux de maintenance et de mise à niveau. Maintenant que cette étape importante est derrière nous, et qu'il ne nous reste qu'à redémarrer le Grand collisionneur de hadrons (LHC), il est difficile de ne pas se sentir impatient à l'idée de voir la physique reprendre après le LS2. Le SPS est certes le dernier maillon de la chaîne qui alimente le LHC en faisceaux, mais, tout comme le Booster et le PS, il a son propre programme de recherche dynamique et diversifié. Le Booster alimente ISOLDE, le PS, la zone EST, n-TOF et l'Usine à antimatière, tandis que la zone Nord, HiRadMat et AWAKE utilisent les faisceaux de protons de 450 GeV fournis par le SPS. Grâce au redémarrage de la chaîne d'injection, la physique au CERN retrouve sa diversité, un aspect que je souhaite saluer ici.

Il est communément admis au CERN que les collisionneurs ne peuvent apporter de réponses à toutes les questions variées et complexes de la physique - de la dynamique interne du proton à l'asymétrie matière-antimatière. C'est la raison pour laquelle l'Organisation a mis un point d'honneur à développer et à encourager des expériences reposant sur des méthodes différentes, regroupées dans le cadre du programme sur la physique au-delà des collisionneurs, au cœur duquel se trouve la zone Nord. Les lignes de faisceaux de la zone Nord fournissent divers types de particules à différentes expériences à cible fixe, qui se trouvent sur le site de Prévessin aux côtés de la plateforme neutrino du CERN et du centre de contrôle du détecteur AMS, arrimé à la Station spatiale internationale.

Du révolutionnaire spectromètre NA1 qui, à l'origine, étudiait la fragmentation hadronique, jusqu'à, 63 expériences plus tard, la collaboration actuelle N64, qui étudie le secteur sombre, le programme de physique riche et varié de la zone Nord a permis au CERN et au monde entier d'obtenir une myriade de résultats. Au fil des ans, grâce aux expériences NA, nous avons pu étudier pour la première fois le plasma de quarks et de gluons, détecter le premier signal direct d'une violation de charge-parité (CP), et mieux comprendre la dynamique interne des protons et des neutrons. Plus récemment, l'expérience NA64 a fixé des limites strictes à l'interaction entre le photon et son hypothétique équivalent noir.

En visitant la zone Nord, on peut avoir l'impression d'entrer dans un labyrinthe de blocs de béton, d'aimants et de grues. Cette disposition apparemment chaotique n'est pourtant que le reflet des nombreuses et diverses expériences qui utilisent différentes méthodes pour observer nombre de phénomènes rares. C'est en cela que réside la force de la zone Nord. Cette pratique qui consiste à multiplier les stratégies pour résoudre les mystères de la physique se poursuit par la mise à niveau d'anciennes expériences et la mise en place de nouvelles, ouvrant ainsi des perspectives à divers domaines de recherche. L'expérience NA62, axée sur le kaon, profitera de l'amélioration de la ligne de faisceau du SPS, réalisée en 2020, tandis que de nouvelles expériences, telles que AMBER, qui a succédé à COMPASS, et NA64++, qui étudiera la physique du secteur sombre, sont sur le point d'être installées.

Progresser en direction de cette nouvelle génération d'expériences et veiller à ce que les expériences existantes se déroulent dans des conditions optimales offre des perspectives alléchantes aux chasseurs de matière noire, aux spécialistes de la chromodynamique quantique et aux nombreux autres utilisateurs du CERN. Rien de tout cela n'aurait été possible sans les efforts et le dévouement de toutes les personnes qui ont contribué d'une façon ou d'une autre aux travaux menés pendant le LS2 ; je les remercie chaleureusement. Souhaitons longue vie à la physique au-delà des collisionneurs au CERN !

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