La crise du COVID-19 nous a contraints à nous réinventer pour trouver de nouvelles formes de communication et de collaboration en ligne. Avant la pandémie, faire des recherches en physique des hautes énergies signifiait parcourir le monde plusieurs fois par an pour participer à des conférences ou à des réunions de collaboration, ou encore travailler sur des détecteurs, avec, in fine, beaucoup d'argent dépensé et une empreinte carbone considérable. Du 28 au 30 juin, plus de 300 participants de 45 pays ont pris part à un nouvel atelier en ligne, intitulé « Sustainable HEP », afin de déterminer quels enseignements tirer des deux années écoulées pour aider la physique des hautes énergies à se forger un avenir plus durable.

La première journée a été consacrée à la manière dont les nouvelles formes d'interactions en ligne pourraient changer nos habitudes en ce qui concerne nos déplacements professionnels. Dans une séance consacrée aux bonnes pratiques, Shaun Hotchkiss, de l'Université d'Auckland, a souligné qu’on ne devrait pas se contenter d’organiser les réunions en ligne sur le modèle traditionnel des conférences de physique ou des réunions de collaboration du XXe siècle. Il faut au contraire que la communauté repense la manière dont les échanges scientifiques virtuels devraient se faire au XXIe siècle. Les traditionnelles présentations en direct pourraient ainsi être remplacées par des interventions préenregistrées que les participants pourraient regarder à l'avance, au moment de leur choix, ce qui permettrait un gain de temps précieux pendant la conférence pour des discussions approfondies et des interactions constructives entre les participants.

Justice sociale
La deuxième journée a mis l'accent sur les questions de justice sociale et sur le fait que les événements en ligne pouvaient apporter plus d'inclusivité. Alice Gathoni, de l'Institut de recherche britannique en Afrique de l'Est, a décrit avec force ce sentiment d'appartenance que lui ont donné les réunions en ligne. Ce n'est que lors des premières réunions en ligne organisées pendant la pandémie qu'elle s’est vraiment sentie membre de la communauté scientifique mondiale.

La troisième journée a porté sur les projets existants en matière de durabilité et les nouvelles technologies. Mike Seidel, du PSI, a présenté des études sur les linacs à récupération d'énergie et évoqué la question de la gestion de l'énergie pour les futurs collisionneurs, notamment des « arrêts » quotidiens. Parmi les autres solutions possibles, on peut citer une dynamique de faisceau spécialement conçue pour augmenter le plus possible le rapport luminosité-intensité, des cavités radiofréquence plus efficaces, l'utilisation d'aimants permanents et l’adoption de cavités et de câbles supraconducteurs à haute température. Il a conclu son intervention en posant des questions donnant matière à réflexion, comme le fait de savoir si la communauté de la physique des hautes énergies devrait s'engager, avec ses réseaux internationaux, à aider à mettre en place des solutions durables en matière d'approvisionnement énergétique.

L'atelier s'est terminé avec la rédaction d'une déclaration finale qui appelle la communauté de la physique des hautes énergies à aligner ses activités sur l'Accord de Paris sur le climat et l'objectif de limiter à 1,5 degré le réchauffement climatique. Les organisateurs ont invité les membres de la communauté à ajouter leur nom à la déclaration, qui peut être signée jusqu'au 20 août.

Kai Schmitz

Cet article a été originellement publié dans le Courrier du CERN (en anglais). 

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