Sur des montagnes russes

Sep 07, 2018

Alumnus: Stephen Myers

At CERN:  since 1972, CERN Director of Accelerators and Technology from 2009 to 2013

Today: Executive Chair ADAM SA

 

Sur des montagnes russes. Cela a dû être le sentiment de Steve Myers le 10 septembre 2008. Alors que toute la communauté du CERN célébrait le premier faisceau du LHC, Steve était sur le point d’être nommé Directeur des accélérateurs et de la technologie au CERN. Cependant, seulement 15 heures après avoir été nommé par le Conseil du CERN, un incident s'est produit au LHC et la célébration a été (temporairement) suspendue. « Nous sommes passés d’une situation où nous étions vraiment heureux à une autre, 10 jours plus tard, où nous nous sommes sentis complètement déprimés et démotivés », explique-t-il. « Etre Directeur des accélérateurs à cette époque n’était pas un cadeau. C'était un travail difficile. Nous devions trouver ce qui n'allait pas, faire la réparation nécessaire et nous assurer que cela ne se reproduirait plus jamais. Cette période, de Septembre à Noël, a été une période très mouvementée pour tout le monde au CERN ».

 

 

Même si c’était grave, parce qu’il devait faire face aux conséquences de l’incident, c’est l’émotion du démarrage du LHC qui est encore à l’esprit de Steve. « Le 10 septembre, j'étais ici, au Centre de Contrôle du CERN (CCC), avec de nombreuses autres personnes », se souvient-il. « Cet endroit était rempli de journalistes. Nous avons fait circuler le faisceau, un octant à la fois, et chaque fois qu'il passait à travers cet octant, il y avait un grand bravo et les gens sautaient de joie dans tous les sens. Ensuite, nous avons finalement fait circuler le faisceau sur un tour complet des 27 kms de la machine. Peu après, nous avons réussi à faire circuler le faisceau pendant plusieurs tours. Ayant travaillé sur le LHC pendant de nombreuses années, je peux dire que le 10 septembre a été le véritable test pour confirmer le succès de tous nos efforts. Normalement, vous ne dites jamais aux media que nous allons faire circuler un faisceau un jour donné. Mais ce jour-là, en raison de l’attention des médias, nous avons été obligés de spécifier une date donnée pour ce lancement. Nous savions que nous avions fait tout notre possible pour réussir, mais vous ne savez pas ce qui vous attend lorsque vous avez 27 kms d’équipements de haute technologie: si un quelconque composant ne fonctionne pas correctement, le faisceau ne bouge pas. Ce jour-là, lorsque nous avons commencé, nous nous sommes inquiétés du fait que cela allait prendre beaucoup de temps et en présence de tous ces journalistes, que ferions-nous si cela ne se passait pas comme prévu. Étonnamment, nous sommes passés sans problème au premier octant; tous les diagnostics fonctionnaient, les systèmes de contrôle fonctionnaient, tout était incroyablement bien préparé. Et puis nous avons passé le deuxième octant et le troisième etc., puis nous avons fait un tour complet. Et chaque fois que le faisceau traversait un octant - plus de trois kilomètres - tout le monde dans la salle de contrôle, y compris les journalistes, applaudissait et quand le faisceau faisait un tour complet, les gens lançaient des chapeaux en l'air. Ce fut une journée fantastique, probablement la plus excitante de toutes mes années au CERN ».

 

Dix jours plus tard, Steve travaillait à l'organisation des ateliers de « Chamonix » qui aurait préparé la phase d’opération de la machine. « J'ai reçu un appel du chef du groupe du vide me disant: 27 km sont à la pression atmosphérique. Lorsque vous recevez des nouvelles comme celle-ci, vous savez que c’est grave. Et puis, nous avons constaté qu’un incident majeur s’était produit, qui, à la suite d’investigations poussées, a été identifié comme le résultat d’une soudure de mauvaise qualité dans une interconnexion entre deux aimants. Il est important de souligner que le LHC est la première machine capable de causer d’énormes dégâts à son propre équipement de haute technologie. L'incident du 18 septembre a causé des dégâts sur une distance de 600 mètres dans le tunnel. Nous avions perdu au total 53 aimants ».

 

L’axe prioritaire de tout le laboratoire a rapidement changé pour se remettre de cette situation terrible. De nombreuses années de financement et de travail acharné étaient en jeu. "Nous avons dû nous concentrer sur la réparation de la machine et nous assurer qu'un accident semblable ne pourrait plus se reproduire", déclare Steve. « Mais lorsque nous avons analysé les causes de la défaillance et que nous nous étions préparés à la réparation, nous avons réalisé qu’un autre accident plus compliqué pouvait se produire. Nous n'avons pas eu le temps d'effectuer cette deuxième réparation en même temps que la première car cela aurait pris au moins deux ans. Nous avons donc dû décider de réparer les dégâts, améliorer le système de protection des aimants et proposer un fonctionnement à une énergie inférieure à l’énergie nominale du LHC. Et c'était vraiment une décision extrêmement difficile à prendre. Il y avait des gens d'un côté qui disaient que nous devions aller au moins à 5 TeV »; et il y en avait d'autres, y compris moi-même, insistant sur le fait que l'énergie maximale du faisceau devrait être limitée à 3,5 TeV en raison du risque de provoquer un autre incident majeur. D'une part, nous ne voulions pas risquer d'endommager à nouveau le LHC - cela aurait pu être la fin du CERN - et, d'autre part, nous avions besoin d'une énergie élevée et d'une luminosité intégrée pour trouver le boson de Higgs. Une décision très difficile. Après de longues discussions difficiles, j'ai réussi à obtenir la décision d'opérer à 3,5 TeV par faisceau pour les premières années d'exploitation. »

 

Heureusement, la décision s'est avérée être la bonne. Non seulement le LHC était en parfait état de fonctionnement mais le Boson de Higgs fut découvert en 2012, moins de trois ans après les premières collisions. En 2013, il était temps pour Steve de prendre sa retraite, mais pas avant de prendre une nouvelle initiative. « Lorsque mon mandat de cinq ans en tant que directeur a pris fin, le Directeur Général m'a demandé de créer un nouveau bureau appelé le Bureau des applications Médicales du CERN Je pense que tout le monde au CERN savait que j'étais très intéressé par le développement des technologies à appliquer en médecine. Je me suis donc concentré de nouveau et j'ai dirigé la mise en place de sept nouvelles initiatives médicales à ce titre. Après le mandat de deux ans, j'ai décidé de m’arrêter et de partir à la retraite. Puis, de manière inattendue, on m'a offert l'opportunité de diriger la conception et le développement d'un accélérateur linéaire de protons pour le traitement du cancer. Une entreprise dérivée du CERN construisait ce système. J'étais très enthousiaste à l'idée de relever ce nouveau défi car je savais que nous traiterions des patients atteints de cancer avec cette machine. J'ai commencé dans ce nouveau poste au début de 2016 et je continue toujours. Nous espérons traiter les premiers patients en 2020. »

 

Aujourd'hui, en tant que responsable du projet Linac dans cette entreprise, Steve peut utiliser les connaissances et le savoir-faire développés au CERN dans le domaine de la physique des accélérateurs et les appliquer au profit de la médecine. « Lorsque j'ai observé le secteur privé, j'ai réalisé que la plupart des entreprises qui développaient des équipements pour le traitement du cancer utilisaient des cyclotrons à l’ancienne », dit-il. « Aujourd’hui, il n’y a pas un seul cyclotron au CERN, et il n’y en a pas eu en 30 ans, car ce sont des machines anciennes. Ainsi, l'une des premières choses que j'ai faites a été d'étudier les besoins en accélérateurs nécessaires au traitement du cancer. Ensuite, j'ai comparé ces exigences aux caractéristiques des types d'accélérateurs existants. Je suis rapidement arrivé à la conclusion que les linacs sont le meilleur type d'accélérateur pour le traitement du cancer. La raison principale en est que, pour traiter une tumeur, il faut modifier l’énergie du faisceau (ce qui modifie la profondeur à laquelle le rayonnement est déposé): si la tumeur est très profonde, il faut une énergie élevée et si la tumeur est superficielle moins d'énergie. La plupart des tumeurs couvrent un volume et habituellement, vous commencez à émettre des rayons à l'arrière de la cible et vous vous déplacez devant. Cela signifie que vous devez modifier l'énergie du faisceau. Les cyclotrons sont des machines à énergie fixe. Afin de réduire l'énergie du faisceau, un absorbeur est placé sur le trajet du faisceau. Mais l'absorbeur peut produire des pertes allant jusqu'à 99% du faisceau de protons, en fonction de la quantité d'énergie requise. De plus, l’absorbeur étant un dispositif mécanique, il ne peut pas être déplacé très rapidement. Alors qu'avec un Linac, vous pouvez modifier l'énergie du faisceau 200-300 fois par seconde. Avec un appareil mécanique, vous pouvez le faire au mieux une fois ou deux fois par seconde. Cela a un impact important sur la façon dont vous traitez les patients ».

 

Passer du CERN à une entreprise privée n'est pas simple, même si le changement de carrière se produit après la retraite. « Au CERN, toutes les compétences nécessaires au développement des accélérateurs sont déjà présentes. Dans une petite entreprise, la gamme de compétences est beaucoup plus limitée. Par contre, il est beaucoup plus facile et rapide de recruter des personnes dans une petite entreprise car l’administration en est beaucoup plus réduite. »

 

Aujourd'hui, Steve est un membre du Réseau CERN Alumni. En tant que directeur, il avait rêvé d'avoir un programme des alumnis CERN et, maintenant que cela est devenu une réalité, il est l'un des ambassadeurs les plus convaincus de l'initiative et, bien entendu, du CERN. « Le CERN est un label fantastique », confirme-t-il. « Lorsque vous dites aux gens que vous avez travaillé au CERN, ils sont généralement très intéressés, impressionnés et enthousiastes. Je suis fier d’être un alumni du CERN, le CERN est une organisation fantastique et, à mon avis, la meilleure organisation internationale du monde. »

 

 C’est grâce à vous aussi, Steve.

 

Regardez la video de l' entretien!


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